Interview de Francis Morel, Directeur Général du groupe Figaro, par Jean Mauduit*

Jean Mauduit : Que pensez-vous de la situation de la presse écrite et notamment de celle des quotidiens ?
Francis Morel : Comment ne pas reconnaître qu’elle est difficile ? Mais nous avons tous fait beaucoup de progrès. Nous ne sommes certes pas sortis de l’auberge, mais nous avons pris le bon chemin.
J.M : Qu’entendez-vous par le «bon chemin» ?
F.M : Il faut arrêter de gémir sur les recettes publicitaires d’antan et particulièrement sur les petites annonces pléthoriques qui faisaient la fortune des quotidiens. Cette belle époque ne reviendra pas. Il nous faut désormais aligner nos dépenses sur nos recettes et non l’inverse.
J.M : Et le groupe Figaro ? Comment va-t-il ?
F.M : Il est sorti de ses difficultés. Il gagne d’ores et déjà de l’argent. Le quotidien lui-même va revenir à l’équilibre.
J.M : Comment avez-vous fait ? Vous ne vous êtes quand même pas contentés de serrer les dépenses ?
F.M : Non, nous avons en réalité mis en pratique une stratégie de développement centrée sur la valeur considérable de la marque Figaro. C’était apparemment la bonne. La meilleure preuve en est que l’Internet représente d’ores et déjà 13 % de notre chiffre d’affaires, alors que nos confrères les plus ambitieux se déclareraient heureux d’une proportion de 3 à 5 %. Notre site d’information arrive en deuxième position derrière celui du Monde, loin devant Yahoo, TF1 et bien d’autres. Ce que je trouve extraordinaire, c’est que parmi les internautes qui le consultent, on trouve seulement 25 % de lecteurs réguliers du Figaro. Cela montre à quel point notre marque est une valeur or, et les perspectives qui s’ouvrent à nous.
J.M : Vos objectifs ?
F.M : Continuer, renouer définitivement avec l’équilibre du quotidien et améliorer encore la rentabilité du groupe. Et pour cela poursuivre notre politique de diversification en utilisant le capital de la marque pour créer, sur Internet et ailleurs, des sous-produits intéressants.
J.M : C’est une politique résolument marketing, qui rompt avec celle de certains de vos confrères et/ou prédécesseurs.
F.M : Ca je ne sais pas. Mais marketing, oui, assurément. Cette réflexion dynamique sur la marque en est le coeur.
J.M : Que pensez-vous, globalement, des jeunes qui arrivent sur le marché ? Les trouvez-vous mieux ou moins bien formés qu’autrefois ?
F.M : Ils sont plutôt bien formés. Mais je regrette d’avoir à constater qu’ils sont déjà déformés par le monde qui les entoure et plus disposés à bénéficier des RTT, de leurs loisirs, des avantages acquis en général, qu’à se battre pour construire un monde nouveau.
J.M : Embauchez-vous actuellement ?
F.M : La période ne s’y prête pas. En revanche, nous avons une politique très active de stages qui déboucheront peu ou prou sur des embauches. Il est néanmoins un domaine où nous avons besoin de recruter : c’est Internet.
J.M : Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut entrer sur le marché de la presse, et de la communication en général ?
F.M : Faire preuve de courage et encore de courage. Persévérer. S’acharner. Et considérer plutôt que le verre est à demi-plein au lieu de déplorer qu’il soit à demi-vide. Nous vivons dans un monde dur. Nous traversons une période difficile, plus difficile qu’hier, et qui le sera moins que demain on peut l’espérer. Il faut souhaiter que les écoles de communication sachent former de jeunes professionnels solides, cuirassés, conscients de la réalité du marché et capables d’attendre les opportunités, mais capables aussi de bondir sur elles à la minute où elles se présentent.
J.M : A propos que pensez-vous de l’EFAP et des écoles de Denis Huisman en général ?
F.M : J’attends qu’elles m’invitent pour me faire une opinion !
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* Jean Mauduit a été Professeur à l’EFAP tout en poursuivant une longue et fructueuse carrière dans la presse française. Il a été le collaborateur des principaux acteurs de la communication en France, de Pierre Lazareff à Marcel Bleustein-Blanchet et plus récemment encore, de Maurice Lévy à Publicis. Jean Mauduit est Membre du Conseil supérieur des EDH et du Conseil d’Orientation et de perfectionnement de l’EFAP.
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